Bretagne 2019 (2)

Lorsque le bus avançait lentement, aux portes de la vieille ville, mon regard fut attiré par la salle lumineuse de ce restaurant face à la mer. En mon fort intérieur, naquit le désir de pouvoir m’y attabler. Surprise délicieuse, ce fut la table dénichée par Édith ! Entre la mer et nous, il n’y avait qu’une langue de sable, le sommet d’un mur, une langue de bitume et une très grande baie vitrée. Nous étions presque les pieds dans l’eau. Mais en version insonore. En version grand confort même. L’immense fenêtre fut notre écran géant. Un écran qui nous protégeait du vent et du bruit extérieur. Un cocon. La Bretagne que nous étions venus rencontrer, se racontait là, sous nos yeux. Le carrefour de trois mondes. L’eau, l’air, la terre. Une grande scène que ces trois protagonistes se disputent. Une grande scène qu’ils se partagent avec un espace propre à chacun et un espace commun. Un milieu de vie original pour nous continentaux, que se sont appropriés les hommes depuis fort longtemps. Il a donné naissance à un mode de vie particulier qui pique notre curiosité et nous permet de mieux prendre du recul par rapport au notre.

L’air.

Court métrage 1

A droite de la baie vitrée. Une chevelure blonde virevolte au sommet de ce corps féminin que protège un manteau qui s’arrête sous le genou. Une étole ferme soigneusement l’échancrure du vêtement à la naissance du cou, bloquant le passage à l’intrusion du vent. Les cheveux longs, libres de toute attache semblent mus par une énergie puissante. Complètement tendus et presque à l’horizontale pendant quelques secondes, ils se rabattent sur le profil du visage l’instant d’après pour s’élever au dessus du crâne dans un tourbillon échevelé. Leur danse est hypnotique. L’homme qui accompagne la femme ne me contredira pas. De toute évidence il est sous emprise. Il ne la lâche pas des yeux, arc bouté lui aussi face au vent afin de pouvoir progresser face à cette adversité invisible. Sortie d’écran des deux protagonistes à gauche de la baie vitrée.

Court métrage 2

Plan fixe sur l’animal posé sur le mur en plein milieu du champ visuel. La mouette est totalement immobile. Minérale. Imperturbable. Elle ignore totalement les allées et venues des humains à peine distants d’une envergure d’ailes. Elle semble dans un autre monde. Elle répond à d’autres lois, inconnues de l’observateur. Des dizaines de passants, des dizaines de véhicules sont passés devant elle. Sa tête a à peine fait un quart de tour. Puis, sans que l’on ne comprenne pourquoi, ses ailes se sont écartées doucement et elle s’est élevée dans l’air au ralenti ! Face au vent, la machine à voler corrige d’une gite imperceptible sa position imparfaite, pour laisser le vent se glisser sous son corps et le maintenir en lévitation. Mes yeux cherchent les fils invisibles qui permettent de tenir l’oiseau dans son apparente immobilité. La recherche est vaine. Il flotte. Soudain, son aile droite descend un peu plus et le paquet de plumes est soulevé dans les airs et s’éloigne majestueusement sans le moindre battement. C’est totalement fascinant. La mouette virevolte avec désinvolture et sort de mon écran. Quelques secondes plus tard, elle y pénétrera à nouveau, striant mon écran imaginaire de ses nombreuses trajectoires millimétrées. Il me semble que son vol m’apaise, fait baisser mon rythme cardiaque, m’invite à passer moi aussi en mode « économie d’énergie ». Elle est partie une dernière fois en quittant la baie vitrée par la gauche.

Court métrage 3

A droite de la baie vitrée, en contrebas du mur qui protège la route, loin, à l’extrémité de la plage. Devant la mer qui s’étale, une large bande de sable humide et ferme. Des voiles se dressent au dessus du sable et se mettent en mouvement. C’est étrange une voile sans coque en dessous ! Je plisse un peu les yeux pour réduire la quantité de lumière et j’aperçois finalement la structure porteuse et les roues qui permettent au véhicules d’avancer. Des chars à voile. D’abord droits, les mats s’inclinent au fur et à mesure que les engins prennent de la vitesse. Au plus fort de leur course, ils ne sont même plus à 45°. Vus de loin, le croisement des engins paraît conduire à la catastrophe. A chaque fois que l’un des pilotes en croise un autre, on s’attend à une catastrophe. Et pourtant, à chaque passage, les bolides continuent à foncer jusqu’à ce que leur piste s’arrête. Les machines ralentissent, les mâts se relèvent jusqu’à paraître immobiles. Je ne le vois pas bien, mais je devine que les conducteurs font demi-tour. Et ça recommence, plus les voiles se couchent, et plus les chars prennent de vitesse. En quelques minutes d’observation, je peux déceler les débutants au milieu des as de la prise au vent. Une assiette se pose devant moi et interrompt mon observation. Mais le ballet continue lui, car le vent ne faiblit pas. Quelques oeillades au cours de la conversation, me confirment que cette fois-ci, il s’agit d’un long métrage. Ce sera la nuit qui viendra à bout de ce film qui s’achèvera alors que je serai déjà loin…

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1 réponse à

  1. J’ai deviné, c’est Pierrot, notre poète, quel talent.
    Bonne journée.
    Richard Brigitte.

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