Bretagne 2019 (6)

Détrompez-vous. Ce n’est pas la course le plus beau moment. C’est lorsque l’on refait la course, le plus beau moment ! A notre plaisir, vient s’ajouter celui des autres !

Une fois les formalités administratives obligatoires achevées ( il faut comprendre par là qu’on a obéi au docteur en allant chercher 2 jus de houblon pour sa récupération ), le cerveau reprend peu à peu les commandes de la bête.

Les récits vont se succéder, se compléter les uns les autres. Chacun déroule son film et la multiplicité des témoignages donne un éclairage nouveau et inédit à ce que l’on a vécu soi-même. On se rend compte que l’on est passé au mêmes endroits mais que l’on n’a pas vu les mêmes choses. Des détails nous ont échappé que d’autres vont nous révéler. A force de regarder où l’on mettait les pieds, on a un peu oublié de regarder le paysage. Ou alors on s’est trop préoccupé du paysage humain… Pour certains qui étaient concentrés sur leur rythme, le jeu consiste à remonter le concurrent juste devant, ou la nana au bout du champ de vision. Pour d’autres, ce sont les similitudes avec nos sentiers qui seront relevées. Les parties faciles ou roulantes elles, font le consensus : ce sont des parties de repos où l’on reprend son souffle, où l’on peut allonger la foulée sans y laisser trop de plumes. Ah qu’elle était belle la longue ligne droite au bord de la rivière dans ce décor d’automne. Quel plaisir de courir sur ce tapis de feuilles colorées baignées par les rayons d’un soleil généreux ! Telle autre aura apprécié ce petit single pas trop escarpé mais suffisamment pentu pour obliger les premiers à marcher et forcer les suivants à en faire autant. Idéal pour rattraper un pote et en récupérer un derrière soi. Parfait pour terminer la course en galante compagnie !

Pour d’autres encore, l’originalité résidait dans le sentier en lacets qui frayait son passage dans un véritable labyrinthe de fougères. Un autre relèvera toutefois que ce passage était exigeant car les racines humides des arbres qui dépassaient de l’humus si confortable pour la course, obligeaient à une attention de tous les instants.

A ce stade, il est temps de remplir son verre une seconde fois et de terminer le traitement. A force de parler, on en oublierait presque de « récupérer ». La parole du docteur résonne heureusement assez fort, nous serons rigoureux sur la récup. La mousse montera son col dans nos gobelets pour la seconde fois.

Ça brûle comme une décharge électrique en fait. Sous l’effet de la surprise et de la douleur la main a le réflexe de chasser l’insecte dans le cou qui, dans la précipitation plantera encore son dard deux fois. La douleur pour ces deux « rappels » sera moins intense. On continue de courir, sans réellement savoir ce qui s’est passé. On est juste sûr qu’il s’agit d’un insecte. En ouvrant la boite à souvenirs, on se rappelle de quelque chose de ressemblant dans la forêt de l’Ill. Certainement un truc à six pattes qui ressemble tellement à tant d’autres que l’on n’a jamais eu le loisir d’observer de près et dont le nom restera toujours un mystère. On continue de courir avec la brûlure dans le cou, présence tenace et continue. Pour un autre encore, réuni autour du même jus de houblon, l’attaque n’a pas été une surprise puisque les frelons sont venus de face. Il a beau eu rebrousser chemin, la patrouille d’insectes avait décollé pour repousser l’agresseur et avait délivré son message à tous les intrus qui s’imaginaient continuer à secouer le nid avec les vibrations produites par leur passage. Restait ce sentiment d’impuissance face à la vitesse du prédateur. L’imprévu avait généré une certaine confusion. De retour au ravitaillement, des coureurs du cru avaient emmené « les vaccinés » par un autre chemin. Un petit détour qui apporta son petit lot de surprises : ce n’est pas courant de dépasser les mêmes concurrents deux fois dans une course ! C’était à ne rien y comprendre ! Une seule explication possible. Le parcours normal avait du être ré-ouvert après une accalmie. Deux bornes de plus, c’était pas de chance. C’est finalement assez peu au regard de ce que notre président arrive à se rajouter sur un trail…

Question. Après le traitement médical, il y a quoi ? Ben le truc qu’on s’interdit pour faire bonne figure. Plus on est de bavards, plus il y a de tournées… Faut quand même rester poli. La troisième mousse, c’est juste pour montrer qu’on est civilisé et que l’on sait dire merci. Et c’est précisément à ce moment qu’arrive un nouveau venu dans le groupe des discoureurs. Il a une drôle de pancarte attachée par une ficelle autour du cou. Plein de cases partout. Un schéma du corps humain au milieu. Il vient de passer une heure et quart dans le dédale des équipes de pompiers, du smur, de la sécurité civile et de la croix-rouge. En principe, il était allé voir un toubib pour se rassurer quant à une éventuelle allergie à la piqûre de frelon. Il en ressort avec l’impression qu’il y avait certainement une caméra cachée tant les actions des différents intervenants soucieux de respecter le protocole, ont rendu son attente interminable. Il a donc répondu patiemment à toutes les questions du protocole comme l’ont fait tous ses voisins. Mais lorsqu’il a voulu sortir et qu’il en a été empêché parce que sa fiche n’avait pas été scannée, il n’en croyait pas ses oreilles. Surtout que personne n’avait la moindre idée de l’endroit où ce fameux scanner était rangé… Les blagues ont commencé à fuser sur l’organisation des secours en cas de sinistre majeur. Et finalement, sans mot dire, les pancartes ont disparu sous les maillots et les « vaccinés » sont sortis incognito, parce que que vraiment, attendre plus d’une heure avant de commencer à « récupérer », c’est une épreuve après l’épreuve. En arrivant parmi les siens qui n’ont eu d’autre choix que d’acheter une crêpe à la saucisse pour limiter les effets de cette troisième bière qui était déjà quasi-vide, notre héros put enfin ajouter son grain de sel et parachever le récit de la nouvelle saga de Sport Evasion. Bon, promis, juré, c’est la quatrième bière, et c’est la dernière. Mais elle est indispensable pour fêter le héros. Car à Sport Evasion, c’est devenu un rituel : avant de repartir, on en hisse un sur le podium ! Franchement, un Alsaco entre deux cigognes, ça a de la gueule, et partout où Sport Evasion passe, ça laisse un sacré souvenir !

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