Ban de Laveline / Bassemberg

Bruit lointain de couverts qui résonnent sur une table vide. Invitation du coq à sortir des plumes. Lumière douce du matin. Silence. Petits bruits familiers de récipients qui rejoignent les couverts sur la longue table. Porte qui se referme avec précaution pour ne pas risquer de réveiller ceux qui dorment. Voiture qui rentre en roue libre pour se faire discrète. Mouvement de corps qui se retourne lorsque l’agitation extérieure chatouille inconsciemment le cerveau et annonce « ça va être l’heure ». Crescendo, chaque émanation sonore dépasse la précédente. Une sorte de jeu qui consiste à faire juste un peu plus fort que l’autre. A ce jeu-là, tout le monde sort des vapes et la première porte s’ouvre. La course vers les douches a commencé.

Les discussions feutrées sont nettement perceptibles. Les corps encore à l’horizontale sont exception. Les neurones cogitent et anticipent. Que faire en attendant d’en avoir fini avec la douche ? Ouvrir les volets, trier ce qui est à jeter, filer à toute blinde au bout du couloir car un marcheur propre vient de sortir de la salle de bain ! Yes! Trop fort. Première victoire de la journée. Les individus débarrassés de leur « jus de nuit » fleurant bon le gel douche arrivent au compte-goutte à la table du petit déjeuner. Comme le prochain repas sera pris n’importe où et dans des conditions hypothétiques pour l’heure, il est évident que ce premier repas revêt une importance capitale. Pas question de se rater sur le petit-déj.

Deux, quatre, six, huit, dix, plus nos hôtes douze. Tout va bien. Sauf que j’arrive à quatorze. Chez Agatha Christie on élimine, normalement. Là il y en a deux de plus ! Et pourtant je n’ai pas forcé sur le rouge hier au soir. Ah oui! Le frangin. C’est le petit frère qui a fait son apparition. C’est bien Gégé qui est au bout de la table. A côté de lui, son chauffeur, Michèle. On calcule l’heure à laquelle ils ont du se lever pour être présents à cette heure aussi matinale. Mazette ! Ils se sont levés il y a bien une heure et demie ! Franchement, on lui tire notre chapeau à la mère Michèle. Ca ressemble vraiment à une belle tranche d’amour, cette petite expédition pour poser son chéri au départ du retour. D’autant plus qu’elle a pensé aux autres. Deux magnifiques kougelhopfs émergent de la table chargée de victuailles. Michèle, tu es vraiment un amour ! Il y en a tellement sur la table que le choix va être tactique, peut-être même douloureux. Terrible. La vie est terrible. La compétition est omniprésente. Le pain est fameux. Ca croustille, c’est presqu’encore tiède. Avec une noisette de beurre dessus, on se dit que ce serait dommage de gâcher un si bel assemblage avec un peu de confiture. Et pourtant ! Les assemblages d’épices et de fruits rendent le passage par la case confiture obligatoire. Elles y passeront toutes ! La mort dans l’âme, on reluque le fromage et l’on se dit que si on ne le coince pas maintenant, avant le kougelhopf, on va se faire baiser car on n’aura plus de place après, pour le faire glisser ce petit Camembert soyeux dont la pâte molle nous défie. Fromage. Kougehopf. On est plein. Deuxième victoire de la journée.

Derniers préparatifs avant le départ. On vérifie l’eau. Chacun a rangé son sandwich, dans son sac à dos, mais les trois bouteilles de Bergerac resteront sur place. Oui, oui, c’est vrai, ça ne fait pas Sport-Evasion cette image de gâchis. Pourtant on l’a fait. Le chauffeur de Gégé a repris la route sans pièce jointe. Certains participants avaient envisagé cette éventualité de rentrer en voiture le matin; et la possibilité de s’arrêter a certainement pesé dans leur décision de tenter l’aventure. Onze pieds Nickelés se sont donc remis en route. Vraiment l’impression d’être bourré avec ce nombre de participants qui augmente…

Bye bye sweet home !

Même pas besoin de retoucher la photo. C’est le vrai vert de l’herbe vosgienne. Pas étonnant qu’il y ait tant de chevaux par ici.

 

On laisse le trou du cul du monde derrière nous (je parle du hameau en arrière plan! pas de l’interlocuteur préféré de Françoise); et l’on repart, cap au nord-est. C’est un peu plus loin, au bout de la montée, que le p’tit jeune s’est fait la malle. Trente bornes de footing pour être à l’heure à son baptême. Bizarrement personne ne s’est proposé pour l’accompagner ! Il y a du laisser aller dans ce club. Vraiment l’esprit Sport Evasion n’est plus ce qu’il était… Tout fout le camp.

Vous vous demandez vraiment pourquoi ils se mettent à quatre pour savoir dans quelle direction aller alors que la route est toute droite…

Le pire, c’est qu’ils se sont trompés…

Il y avait une jeune femme qui s’occupait de nombreux chevaux qui avaient été confiés à ses bons soins. Plusieurs purs-sangs de Sport Evasion étant venus en mode solo, nous lui avons demandé si elle prenait des bourrins à deux pattes dans son pensionnat. Elle n’a pas osé nous dire qu’elle ne savait que faire des petites quéqu… elle avait bien mieux sous la main. Elle a donc fait au plus simple : un rire franc qui permet de botter en touche sans avoir à livrer le fond de sa pensée, ce qui aurait certainement provoqué une confusion embarrassante… Psychologue la jolie paysanne !

 

Prochaine nana potentielle à draguer : dans le nuage au fond.

A votre avis : pourquoi notre Guygues revient-il subrepticement en arrière ? A-t-il trouvé un indice laissé par Julien quelques minutes plus tôt ? Mais non. Il a tout simplement découvert la dernière exposition temporaire du FRAC.

Le bleu dans la culture occidentale au XXIe siècle : supercherie ou malédiction ?

Visiblement, l’électrochoc culturel produit sur Guygues par cette véritable révélation artistique inquiète ce quadrupède au plus haut point. Qu’est ce que je lui cherche pense-t-il : un défibrillateur ou une camisole ?

Je vous entend déjà railler : vu l’aspect cramoisi d’Yves, qu’est ce qu’elle a du lui envoyer à l’âne sur ses mensurations exceptionnelles mais trop peu sollicitées !

Eh bien non. Elle a été d’une sobriété rare. Des mots doux. C’est tout. Un délicieux « chisserla » qui ferai fondre de tendresse le premier gros dur de passage. Sainte Françoise, en chair et en os. Là, devant vous.

Bon ce n’est pas tout ça. On a une variante à faire. On ne va tout de même pas se taper les mêmes chemins qu’à l’aller ! On se fait l’autre versant donc. Tant qu’à faire autant marcher à l’ombre. A nos âges on ne va pas encore jouer à se friper la peau au soleil !

 

Ben la Marie a réussi à se friper un peu. Ça cloque. Non ne vous précipitez par sur votre téléphone pour la féliciter, ce n’est pas le ventre. Juste une ampoule.

On raconte, on raconte, encore et encore.

Mais les yeux ne traînent pas que sur les fesses de la nana de devant. On se laisse également ébahir par d’autres belles plantes.

Le printemps est là.

A TABLE ! C’est sorti des tripes avec la grâce de la mère de famille hystérique de la série française « Fais pas ci, fais pas ça ».

Pas besoin de répéter ça. Toutes les horloges internes se sont alignées en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Cela se voit presque sur les photos. Le pain était délicieux. A l’intérieur, il y avait de quoi satisfaire un marcheur au long court.

Et si les convives étaient un peu agglutinés les uns contre les autres, ce n’était pas du à l’étroitesse des bancs, non, mais plutôt à la température qui baissait au fur et à mesure que l’on se rapprochait du sommet. Fesse à fesse vivement recherché.

Un petit café n’aurait pas été de trop pour augmenter la température des doigts de pied. Comme il n’y en avait pas, ce fut l’effort qui produisit la chaleur nécessaire.

La veste est tombée. Les montées successives ont produit les calories qui ont réchauffé les organismes les moins bien isolés.

Petite photo de famille. Neuf plus le photographe, ça veut dire qu’il n’y en a toujours pas d’éliminé.

 

Pourquoi une seconde photo pour montrer les mêmes personnages ? C’est juste pour vous distraire un peu à la manière des illustrations qu’on trouve dans les magazines pour enfants. Ici il s’agit de trouver qui s’amuse à se déplacer entre deux prises de vue et qui est allé remplacer le photographe…

Yves avait prévu une petite boucle supplémentaire au cas où les jambes n’en auraient pas encore marre. Comme vous pouvez le constater, il restait suffisamment de curiosité pour en remettre une petite louche.

 

Eh non, ils ne sont pas sur le pas de tir d’une fusée Ariane. Ce sont simplement des Alsaciens qui aperçoivent la Mère-Patrie, là-bas, au loin.

Comment fêter le retour au pays ? Par une petite bière bien-sûr !

Maintenant qu’on a vu l’écurie, on commence à avoir des fourmis dans les jambes.

Les doigts de pied s’allongent, le rythme accélère insensiblement.

Les Françoise ont des ailes.

On arrive sur le parcours du trail du Wurzel. Le premier qu’ait réalisé Guygues qu’on se le dise ! Le plus beau trail quoi !

Promis, on vous y emmène un dimanche matin.

A force de vouloir tout voir, tout sentir, tout toucher, on finit par creuser l’écart. C’est qu’on n’a plus vraiment le temps ! On a une échéance importante. Nous avons rendez-vous avec la plus belle vallée du  monde : la vallée de Villé.

On nage dans le bonheur. Même les trois gouttes de pluie sont un régal dans ce cadre magnifique. On remercie l’ami Yves pour sa superbe initiative avant de regagner nos pénates pour continuer le traitement : après l’effort, le réconfort. Deux jus de houblon, parole de docteur !

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